Pige immobilière et démarchage téléphonique : ce qui change le 11 août 2026
La pige téléphonique est, depuis toujours, l'un des réflexes les plus ancrés du métier d'agent immobilier : repérer une annonce de particulier, décrocher son téléphone, et tenter de transformer ce vendeur en mandat. Une réforme votée en 2025 change profondément les règles du jeu. À compter du 11 août 2026, le démarchage téléphonique bascule dans une logique d'opt-in : on ne peut plus appeler un prospect par défaut, il faut son accord préalable. Pour une agence dont la prospection repose en grande partie sur la pige, l'enjeu est réel. Voici ce que dit le texte, ce qui devient interdit, et les pistes qui restent ouvertes pour continuer à rentrer des mandats.
Ce que dit la loi du 30 juin 2025
La loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 renverse la logique qui prévalait jusqu'ici. Pendant des années, le démarchage téléphonique fonctionnait sur un principe d'opt-out : un professionnel pouvait appeler tout le monde, à charge pour le consommateur de s'inscrire sur la liste Bloctel s'il voulait être tranquille. Ce système est abandonné. À partir du 11 août 2026, c'est l'inverse qui s'applique : tout appel commercial est interdit par défaut, sauf si la personne a donné son consentement préalable pour être contactée.
Le changement n'est pas seulement symbolique. Les sanctions prévues sont lourdes : l'amende administrative peut atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale. À cela s'ajoute une conséquence directement opérationnelle pour une agence : la nullité du mandat signé à la suite d'un appel illégal. Autrement dit, un mandat décroché après un démarchage non conforme peut être remis en cause, avec la perte de commission qui va avec.
Ce cadre vient s'ajouter à des contraintes qui existent déjà. Le décret n° 2022-1313 encadre depuis 2022 les horaires du démarchage téléphonique : il n'est autorisé que du lundi au vendredi, de 10h à 13h et de 14h à 20h, en dehors des jours fériés. Ces plages restent en vigueur ; la réforme de 2025 ajoute par-dessus l'exigence de consentement. Pour le détail du texte et de son calendrier, on peut se reporter à la présentation faite par le ministère de l'Économie.
Ce que la loi entend par « accord préalable »
Le texte ne se contente pas d'exiger un accord : il en définit la qualité. Cet accord doit être libre, c'est-à-dire donné sans contrainte ni contrepartie déguisée ; spécifique, c'est-à-dire porter sur le démarchage téléphonique pour un sujet identifié, et non sur une autorisation générale enfouie dans des conditions générales ; et exprès, c'est-à-dire résulter d'un acte positif de la personne. Le silence, l'inaction et la case pré-cochée sont explicitement exclus.
Cette grille recoupe celle que la CNIL applique de longue date au consentement au sens du RGPD, et elle emporte la même conséquence pratique : la charge de la preuve pèse sur le professionnel qui s'en prévaut. Ce n'est pas au particulier de démontrer qu'il n'a jamais accepté d'être appelé, c'est à l'agence de démontrer qu'il a accepté. Une agence qui ne peut rien produire est, de fait, en infraction, même si l'accord a réellement existé.
Le texte prévoit par ailleurs que cet accord n'est pas éternel : il comporte une durée de validité, au-delà de laquelle il faut en obtenir un nouveau. Un fichier constitué il y a plusieurs années ne peut donc pas être considéré comme durablement exploitable. Ce que doit contenir un accord pour être réellement opposable est détaillé dans notre article sur l'accord de rappel horodaté.
Concrètement, la pige téléphonique « à froid » devient illégale
Traduisons cela en pratique. Le scénario classique de la pige consiste à parcourir LeBonCoin, PAP ou SeLoger, à repérer une annonce de particulier qui vend lui-même, à récupérer son numéro et à l'appeler pour proposer ses services. Ce vendeur n'a jamais demandé à être contacté par une agence : il a publié une annonce pour vendre, pas pour être démarché. Cet appel à froid relève donc du démarchage sans consentement préalable, et tombe à partir du 11 août 2026 sous le coup de l'interdiction.
Le texte prévoit malgré tout deux situations dans lesquelles le contact reste possible. D'abord, les clients sous mandat en cours : il existe une relation contractuelle, l'appel s'inscrit dans son exécution. Ensuite, les prospects ayant donné un accord explicite pour être recontactés. Dans les deux cas, le point commun est clair : il y a, en amont, une démarche ou un consentement de la personne. C'est précisément ce qui manque dans la pige à froid telle qu'elle se pratique aujourd'hui.
Le calendrier, et ce qu'il reste à faire avant l'échéance
La loi n° 2025-594 a été promulguée le 30 juin 2025, mais son application au démarchage téléphonique a été différée au 11 août 2026. Ce délai n'est pas une faveur : il correspond au temps jugé nécessaire pour que les professionnels concernés, tous secteurs confondus, réorganisent leurs méthodes de prospection. Le texte intégral est consultable sur Légifrance, et une présentation accessible du cadre général figure sur le site du ministère de l'Économie.
Jusqu'à cette date, l'ancien régime continue de s'appliquer : la vérification Bloctel reste le réflexe de conformité attendu, et un appel vers un numéro non inscrit demeure licite, sous réserve du respect des horaires. À partir du 11 août 2026, cette vérification ne suffit plus, sans pour autant disparaître. Nous détaillons ce basculement dans notre article sur Bloctel et l'opt-in.
Pour une agence, la conséquence pratique est que la fenêtre utile n'est pas le 11 août 2026, mais les mois qui précèdent. Un canal de prospection alternatif ne se met pas en place en quinze jours : la recommandation suppose une base entretenue, le farming et le contenu se comptent en mois. Une agence qui attend l'échéance pour s'organiser se retrouvera sans flux au moment où son canal principal s'arrête.
Ce que ça change pour votre agence
Pour une agence qui a placé la pige au cœur de sa prospection, la réforme transforme un canal autrefois banal en source de risque juridique et financier. Le risque n'est pas seulement l'amende, aussi dissuasive soit-elle. C'est surtout la fragilité du mandat lui-même : un mandat obtenu à la suite d'un appel non conforme peut être annulé. On peut donc investir du temps à convaincre un vendeur, signer, engager des moyens de commercialisation, et voir l'édifice fragilisé parce que le premier contact n'était pas autorisé.
Cela invite à regarder la prospection autrement. La question n'est plus seulement « combien d'appels je passe par jour ? », mais « est-ce que mon premier contact repose sur une base légale solide ? ». Les agences qui anticipent ce basculement ont intérêt à diversifier leurs sources de mandats et à privilégier les approches où le vendeur est demandeur, plutôt que démarché.
Les trois erreurs d'interprétation les plus fréquentes
Les échanges que nous avons avec des agences font remonter presque toujours les mêmes raisonnements. Ils paraissent solides et ne tiennent pas.
« Le vendeur a publié son numéro, donc il accepte qu'on l'appelle »
Publier une annonce, numéro compris, c'est autoriser des acquéreurs à prendre contact au sujet de l'achat du bien. Ce n'est pas autoriser des professionnels à proposer un mandat. L'objet du contact n'est pas le même, et l'exigence de spécificité de l'accord porte précisément là-dessus. C'est d'ailleurs le scénario central que la réforme vient encadrer : sans cela, la mesure n'aurait presque aucune portée dans l'immobilier.
« Le numéro n'est pas sur Bloctel, donc je peux appeler »
Ce raisonnement était valide sous le régime d'opposition. Il cesse de l'être le 11 août 2026, parce que la question change de nature : on ne demande plus si la personne a refusé, mais si elle a accepté. Une non-opposition n'a jamais été un accord ; elle était simplement tolérée par l'ancien système.
« J'achète une base opt-in, le fournisseur assume »
C'est l'erreur la plus coûteuse, parce qu'elle donne un faux sentiment de sécurité. La charge de la preuve pèse sur celui qui appelle. Si le fournisseur ne peut pas produire, contact par contact, le texte exact accepté et son horodatage, l'agence qui compose le numéro porte le risque à sa place. Une mention « base opt-in » sur une facture ne constitue pas une preuve. La distinction entre ces différentes catégories de contacts est développée dans cet article.
Les options qui restent légales
Bonne nouvelle : la pige à froid n'est qu'un canal parmi d'autres, et plusieurs leviers éprouvés restent pleinement disponibles. La recommandation et le réseau demeurent l'une des sources de mandats les plus qualitatives : un vendeur orienté par un ancien client ou un partenaire arrive avec une confiance déjà établie. La contrepartie est qu'on maîtrise mal le volume et le rythme.
Le terrain et le boîtage conservent toute leur valeur : distribution d'avis de recherche, présence physique sur un secteur, contact direct lors de visites ou d'événements locaux. C'est efficace pour ancrer une notoriété, mais cela demande du temps et de la régularité. Le farming de secteur consiste à se rendre incontournable sur une zone précise par une présence constante ; les résultats sont solides mais s'installent généralement sur un horizon de 6 à 18 mois. Enfin, le contenu et l'inbound — articles, estimations en ligne, présence sur les réseaux — attirent des vendeurs qui viennent d'eux-mêmes ; là encore, la montée en puissance est progressive. Aucune de ces options n'est mauvaise : elles sont simplement plus lentes ou plus exigeantes en temps que la pige téléphonique ne l'était.
La voie de l'opt-in : ne contacter que des vendeurs qui ont dit oui
Il existe une autre approche, qui épouse précisément la logique de la loi n° 2025-594 du 30 juin 2025 : ne rappeler que des vendeurs qui ont, au préalable, exprimé le souhait d'être rappelés. C'est tout le principe de l'accord de rappel horodaté : la personne a manifesté son accord à un moment daté, et c'est cet accord qui autorise l'appel. La sollicitation initiale, elle, repose sur l'intérêt légitime prévu à l'article 6.1.f du RGPD : une sollicitation unique et écrite, portant l'identité de l'agence et un droit d'opposition simple et gratuit. On renverse ainsi la mécanique de la pige : au lieu d'aller chercher au téléphone un vendeur qui n'a rien demandé, on ne rappelle que celui qui a demandé à l'être.
C'est sur ce principe que repose le fonctionnement de Mandavia. Concrètement, Mandavia présente aux agences des propriétaires qui ont eux-mêmes demandé à être rappelés, et le fait en exclusivité par secteur : un seul interlocuteur par zone. L'agence ne part donc pas d'un numéro trouvé sur une annonce, mais d'un vendeur qui a exprimé le souhait d'échanger. Cette approche change la nature du premier contact : il ne s'agit plus d'un appel non sollicité, mais d'une mise en relation attendue.
Auditer sa prospection avant l'échéance
L'exercice utile tient en une question, appliquée à chaque source de contacts que l'agence utilise : si un contrôle survenait demain, que pourrais-je produire pour justifier cet appel ?
En pratique, cela suppose de faire l'inventaire des origines réelles des numéros composés par l'équipe. Elles sont généralement moins nombreuses qu'on ne le croit : les annonces relevées sur les portails, le logiciel de pige, les fichiers hérités de campagnes anciennes, les listes achetées, les contacts issus de la recommandation, et les demandes entrantes. Pour chacune, une seule chose compte : existe-t-il une trace d'accord antérieure à l'appel, et cette trace est-elle rattachable à la personne appelée ?
- Les annonces et le logiciel de pige ne produisent aucune trace d'accord. Ils restent utiles pour la veille, mais ne peuvent plus alimenter d'appels. Nous précisons ce point dans notre analyse des logiciels de pige.
- Les fichiers anciens posent un double problème : l'absence fréquente de trace exploitable, et la durée de validité de l'accord lorsqu'il existe.
- Les listes achetées ne valent que ce que vaut la preuve que le fournisseur peut produire, contact par contact.
- La recommandation et les demandes entrantes sont les plus sûres, parce que la démarche vient de la personne. Encore faut-il la consigner au moment où elle se produit, et non la reconstituer après coup.
Cet audit a une vertu inattendue : il révèle souvent qu'une part importante de l'activité téléphonique repose sur une seule source, et que le plan de secours n'existe pas. C'est cette dépendance, plus que la loi elle-même, qui met une agence en difficulté. Le panorama complet des leviers disponibles figure dans notre article sur la prospection sans appel à froid.
Questions fréquentes
La pige est-elle totalement interdite à partir du 11 août 2026 ?
Non. C'est l'appel non sollicité vers un particulier qui devient interdit, pas la pige comme activité de veille. Repérer les biens mis en vente en direct sur un secteur, suivre les baisses de prix ou mesurer la part de vente entre particuliers reste parfaitement légal. Ce qui cesse d'être possible, c'est de transformer cette liste en séance d'appels.
Puis-je encore appeler un propriétaire dont l'annonce est en ligne depuis plusieurs mois ?
Non. L'ancienneté de l'annonce ne change rien : elle ne crée pas d'accord préalable. Un bien qui ne se vend pas depuis six mois relève exactement du même régime qu'une annonce publiée la veille.
Le fait que le vendeur ait affiché son numéro dans l'annonce change-t-il quelque chose ?
Non. Afficher son numéro dans une annonce autorise des acquéreurs à prendre contact au sujet de l'achat du bien. Cela ne vaut pas accord pour être démarché par un professionnel au sujet d'un mandat, l'objet du contact n'étant pas le même. L'accord exigé par la loi doit être spécifique.
Puis-je écrire au propriétaire plutôt que de l'appeler ?
Le courrier postal et les sollicitations écrites relèvent d'un régime différent, fondé sur le droit d'opposition et non sur l'accord préalable téléphonique. Ils restent donc utilisables après le 11 août 2026, à condition de respecter ce droit d'opposition et de permettre à la personne de l'exercer simplement.
Que risque concrètement une agence qui continue comme avant ?
Deux choses distinctes. D'une part une amende administrative prononcée par la DGCCRF, pouvant atteindre 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale. D'autre part, et c'est le risque le plus souvent sous-estimé, la nullité du mandat signé à la suite d'un appel non conforme, qui met en jeu la commission elle-même.
Combien de temps un accord de rappel reste-t-il valable ?
Le texte prévoit une durée de validité, au-delà de laquelle un nouvel accord doit être obtenu. Un fichier constitué il y a plusieurs années ne peut donc pas être considéré comme durablement exploitable, même s'il comportait à l'origine des accords en bonne et due forme.
Repères
| Pratique | Après le 11 août 2026 |
|---|---|
| Repérer les annonces de particuliers sur un secteur | Légal. La veille n'est pas visée par le texte. |
| Appeler un propriétaire repéré via son annonce | Interdit, sauf accord préalable exprès et daté. |
| Appeler un client sous mandat en cours | Légal, dans le cadre de l'exécution du mandat. |
| Appeler un propriétaire ayant accepté d'être rappelé | Légal, sous réserve de pouvoir produire la preuve de cet accord. |
| Écrire à un propriétaire identifié via son annonce | Régi par le droit d'opposition, non par l'accord préalable téléphonique. |
En résumé
Le 11 août 2026 marque la fin de la pige téléphonique à froid telle qu'on la connaît : le démarchage bascule en opt-in, l'appel non sollicité est interdit par défaut, et les sanctions — jusqu'à 75 000 € ou 375 000 €, sans parler de la nullité du mandat — rendent l'enjeu très concret. Les canaux classiques (recommandation, terrain, farming, contenu) restent ouverts, mais demandent du temps. La voie la plus alignée avec la nouvelle règle consiste à ne s'adresser qu'à des vendeurs ayant exprimé leur accord. Si vous voulez voir ce que cela donne sur votre zone, vous pouvez vérifier la disponibilité de votre secteur et préparer dès maintenant l'après-pige.
Pour approfondir : le détail article par article de la loi n° 2025-594, pourquoi Bloctel ne suffit plus à sécuriser un appel, un panorama des méthodes de prospection sans appel à froid, la définition du vendeur qui a accepté d'être rappelé, ce que les logiciels de pige peuvent encore faire, et à quoi ressemble concrètement un accord de rappel horodaté.